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Construire la confiance
(Cheval Magazine n°306)

article de Véronique de Saint Vaulry

La réaction de peur n'est pas une désobéissance ordinaire. N'attendez pas d'être en situation délicate pour vous y intéresser : seul un travail préventif permet de rendre la peur plus rare, et les réactions du cheval moins excessives...

Les chevaux ne naissent pas égaux face à la peur. L'un sera prompt à ronfler et à sursauter, l'autre peu regardant et facile à rassurer. Mais même si vous avez choisi un compagnon calme et sûr, un Elite Loisirs serein, un quarter horse impavide, il aura peur, un jour ou l'autre... C'est un cheval, après tout !
Chacun admet qu'il faut travailler la souplesse du cheval, et son souffle, et ses muscles... Mais sa confiance, combien pensent à la développer ? Il y aurait pourtant là de quoi occuper bien des séances ! Un travail bien mené rendra la peur de plus en plus rare et discrète, au point que nul, sinon le cavalier, ne la remarquera.

Les limites de l'expérience
Sauf cas particulier, c'est l'inconnu qui effraie le cheval. Si on lui permet de rencontrer des objets et des terrains variés, et de constater qu'il n'y a rien à craindre, il se blasera peu à peu. Installez-le par exemple dans un pré en bord de route, parcouru de fossés et de ruisseaux, ou dans un paddock garni d'objets hétéroclites... et laissez faire le temps.
Mais vous constaterez peut-être avec étonnement qu'une fois sur son dos, vous n'arrivez plus à lui faire franchir le ruisseau de son pré, celui-là même qu'il traverse sans broncher quatre fois par jour ! Et qu'il panique soudain devant les voitures, alors qu'il lui en passe des centaines sous le nez pendant sa sieste... Il faut se rendre à l'évidence : votre présence en selle modifie sa perception des choses.
En effet, sans la confiance, l'expérience n'a que des effets limités... D'autant plus limités qu'on ne peut présenter au cheval tous les objets de la création : il a beau être habitué aux tracteurs, il s'inquiétera d'une moissonneuse-batteuse. Et quoique très ami avec votre parapluie bleu, il bronchera peut-être devant un parapluie rouge. Ca agace, mais chez un cheval, c'est normal.

Mériter sa confiance
Comme nous l'avons montré le mois dernier, à chaque frayeur, le cavalier réagit instinctivement par un renforcement des aides, qui va vaincre les résistances de sa monture, sans lui permettre de se rassurer. Au bout de quelques expériences de ce genre, le cheval sait que son cavalier ne lui sera d'aucune aide, se méfie de lui, reste sur le qui-vive, et cherche à déjouer sa surveillance.
Pour établir la confiance, le cavalier doit au contraire se montrer compréhensif, et profiter de la moindre occasion pour aider le cheval à surmonter sa peur, par la technique du relâchement des aides. Un comportement tellement systématique qu'il deviendra prévisible pour sa monture. Alors seulement, celle-ci commencera à se rassurer, et la confiance aidant, montrera de plus en plus de sang-froid. Trois règles à suivre :
        - Acceptez la peur. Victime d'une émotion qu'il ne peut maîtriser, le cheval effrayé n'a pas conscience de commettre une faute en refusant d'avancer. Si vous le grondez ou le punissez, vous renforcez son affolement. Si vous déjouez sa peur en obtenant le franchissement par surprise (fossé abordé ventre-à-terre), il se sent trahi et commence à se méfier de vous. La seule bonne méthode consiste à le rassurer. Même s'il semble s'effrayer d'un rien... Car le cheval n'est pas un simulateur, quoiqu'il soit parfois plus facile de l'en accuser que de comprendre un effroi inattendu : un haut niveau d'impulsion, de tension, d'activité des aides, augmente par exemple l'émotivité, faisant apparaître des inquiétudes jusque là invisibles. Seule la confiance en viendra à bout...
         - N'ayez pas l'air d'avoir peur, que ce soit ou non le cas... Le simple fait de faire demi-tour, pour revenir bien droit sur la difficulté, laisse penser au cheval, l'espace d'un instant, que son cavalier a lui aussi envie de s'enfuir. C'est encore pire si parfois on accepte de capituler et de renoncer devant les véhémentes protestations de sa monture : elle croira vous avoir convaincu du danger ! Mais l'erreur la plus courante, c'est d'enserrer le cheval dans les aides dès qu'on le sent hésitant. A sentir son cavalier se crisper ainsi sur son dos, le cheval s'affole, persuadé que son maître partage son inquiétude (ce qui est parfois vrai !). La bonne réponse à la peur du cheval, c'est une totale décontraction du corps, et surtout des aides qui se relâchent !
         -Laissez-le se rassurer. Ce relâchement des aides, longuement décrit le mois dernier, donne en outre au cheval l'impression d'être libre face au danger, ce qui l'apaise considérablement. A tel point que si on l'habitue à marcher rênes longues en promenade, il aura peur moins souvent, et paradoxalement, manifestera ses craintes de manière plus mesurée. Osons !
Quand la peur est là, cette fameuse liberté d'encolure lui permet d'aller poser le nez sur ce qui l'inquiète. Cet examen rituel est la clé du problème. Si vous prenez la peine de l'obtenir à chaque fois, sans bousculer le cheval (temps d'arrêt préalable), il saura qu'il peut compter sur vous, et bientôt, à la moindre inquiétude, il ira de lui-même inspecter l'objet ou le passage qui l'effrayaient. Le temps d'arrêt disparaîtra bientôt, et l'expérience aidant, les peurs deviendront moins fréquentes : c'est perdre du temps pour en gagner...

Les règles du jeu
Le cheval va ainsi apprendre à poser le nez sur tout ce qui l'alarme. Au début, peu sûr de lui, et sans doute habitué à n'en pas avoir le droit, il mettra du temps, n'osera pas, tergiversera... A vous d'être assez obstiné pour patienter, l'encourager, attendre. C'est une convention à établir : "Tu as peur ? Je rends les rênes, et tu vas y mettre le nez !" Mais en échange, imposez 2 règles : rester face à la difficulté (ni reculer ni dérobade), et la franchir ! Si vous y veilllez à chaque fois, elles vont devenir une véritable obligation morale pour le cheval, et vous n'aurez plus qu'à le laisser faire.
Pour y arriver, ne laissez pas faire le hasard. Créez des occasions, ce qui vous permettra de commencer par le plus facile. Une bâche lundi, un vélo mardi, un parapluie mercredi... Vous tisserez ainsi la confiance. Evitez évidemment de le trahir : gare aux marécages où l'on s'embourbe, aux trous d'eau où l'on boit la tasse, aux planches à bascule... Une mauvaise surprise de ce genre va tout remettre en question. Jamais il n'accepterait ensuite de vous laisser juger tout seul des endroits où vous l'emmenez.

 

(Encadré :) Mise en confiance express
Juste avant de demander un franchissement inquiétant, il peut être utile de resserrer les liens de la confiance, en proposant d'abord au cheval quelques difficultés progressives. Un objet bizarre qu'on lui laisse flairer, une barre ou une bâche au sol sur laquelle on l'amènera lentement, en le laissant poser le nez au sol. Rassuré par vos bonnes manières, il abordera ensuite en confiance la "vraie" difficulté.
Cette procédure est indispensable si vous montez au pied levé un cheval qui ne vous connaît pas, ou si vous voulez embarquer sans problème un poulain qui ne l'a jamais fait. Pensez aussi à y recourir juste avant un parcours de Loisir, de TREC, et même de dressage, si vous craignez un écart devant la cabane du jury!
(Encadré) La confiance à pied
La présence d'un maître d'école peut faciliter l'acquisition d'une expérience. Mais elle ne développera pas la confiance dans le cavalier... Aussi est-ce plutôt à vous de jouer ce rôle, en passant devant, à pied, quand l'inquiétude est trop forte. Mais auparavant, habituez votre cheval à vous suivre, en main, lorsque rien ne l'inquiète. Si vous ne descendez qu'en cas de panique, la confiance n'aura pas eu le temps de s'installer, et il trouvera votre comportement trop louche pour être honnête !
En main, le cérémonial est le même qu'en selle : savoir attendre, en donnant au cheval une impression de liberté. S'il a peur d'un tas de bois, allez vous asseoir dessus, et sans tirer sur la longe (longue d'au moins 3 mètres), attendez que votre grand timide vienne flairer le monstre... Attention à ne pas le laisser brouter, ce qui le détournerait de son "devoir d'inspection", et prolongerait l'attente.

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